Rénovation énergétique : une grande variété d’acteurs à l’œuvre

1 février 2021

Article rédigé à partir d’une publication de Gaëtan Brisepierre, Le grand jeu social de la rénovation énergétique : un tour d’horizon des acteurs, Contribution Leroy Merlin Source, 2020.

Le grand jeu social de la rénovation énergétique

Rouage essentiel de l’action contre le changement climatique, la rénovation énergétique des bâtiments progresse à petits pas, mais doit faire face à un certain nombre de freins. Tour d’horizon des différents acteurs et secteurs impliqués.

De la maîtrise d’œuvre à la mise en œuvre

Lorsque l’on s’intéresse à la rénovation énergétique des bâtiments, il pourrait apparaître évident que l’architecte y occupe une place de choix. En réalité, la profession délaisse cet aspect, privilégiant la construction neuve tout en demeurant relativement absente du secteur des maisons individuelles. Néanmoins, leur vision globale est recherchée, comme le montre leur efficacité en copropriétés, où ils complètent une vision parfois trop centrée sur l’énergie. Ils apportent alors leurs connaissances en valorisation patrimoniale et en qualité d’usage. De plus, le besoin croissant de rénovation thermique des bâtiments et l’absence des architectes dans ce domaine a conduit à la spécialisation d’un deuxième acteur majeur du bâtiment, les bureaux d’études. Contraints à faire évoluer leur discours pour s’adapter à leurs nouveaux interlocuteurs, ces structures ont dû s’adapter en faisant preuve de pédagogie, pour communiquer avec les particuliers copropriétaires. Du côté des maisons individuelles, comme les architectes, les bureaux d’études restent relativement absents, ne bénéficiant pas des mêmes réglementations thermiques qu’en copropriétés et se méfiant des méthodologies d’audit simplifié développées pour ce segment de marché. Le manque de coopération des entreprises et artisans est également une entrave à la rénovation énergétique. Par définition spécialisés et indépendants, les artisans sont consultés sans intermédiaire dans le secteur de la maison individuelle, où ils délivrent des devis sur des produits précis, à défaut de conseils sur l’ensemble d’un projet de rénovation, requérant les compétences d’autres artisans aux spécialisations différentes.

Distribution, énergie et financement

Dans certains cas, le lien étroit entre acteurs de la distribution et fabricants peut être source de ralentissements. Le Groupe Saint-Gobain, par exemple, possède une filiale de distribution regroupant plusieurs entités sur le marché. Dans ce cas de figure, les distributeurs ont tout intérêt à écouler les produits manufacturés par les industriels en question, notamment des produits d’isolation. Résultat des courses, cette vision de la rénovation énergétique est nécessairement orientée, négligeant d’autres options comme le remplacement des systèmes de chauffage ou l’amélioration du pilotage énergétique. D’autre part, les points de vente du négoce remplissent une toute autre fonction, qui est celle de lieu de socialisation pour les artisans. Ces lieux physiques s’engagent pour la rénovation thermique, en proposant une formation et des services aux artisans, dans l’objectif de fidéliser cette clientèle face à l’essor du commerce en ligne. Ainsi, la marque Point P propose dans ses points de vente des comptoirs de l’efficacité énergétique réalisant des simulations techniques pour le compte des artisans.

La rénovation énergétique, facteur de la baisse de consommation d’énergie, pousse les acteurs du secteur à repenser leur modèle économique, ces derniers étant souvent basés sur la vente d’énergie. Pour partie compensée par la commercialisation de services d’efficacité énergétique, cette approche est renforcée par l’ouverture du marché à de nouveaux entrants. D’autre part, les économies d’énergie font figure d’argument commercial, à l’heure d’une concurrence intensifiée. Les priorités des acteurs de l’énergie semblent être données à l’optimisation des réseaux plutôt qu’à la rénovation. De fait, là où les électriciens justifient de lourds investissements dans les smart grids par une meilleure gestion de la consommation polluante aux heures de pointe, les opérateurs gaziers vantent les mérites d’un “gaz vert”, propice à l’intronisation d’une économie circulaire.

Si les banques devraient jouer un rôle clé dans le financement des travaux de rénovation énergétique, notamment en accordant aux particuliers des crédits et des éco-prêts à taux zéro (Éco-PTZ) tout en avançant le montant des subventions, on constate un phénomène de sous-distribution de ces prêts aidés. Dans les faits, le nombre de prêts collectifs attribués en copropriété reste infime, à cause de la résistance opposée par les syndics, qui refusent parfois de se charger du recouvrement, et la réticence des banques à les distribuer. Même problème pour les maisons individuelles où la distribution d’éco-prêts annuelle stagne à 30 000, montant insuffisant compte tenu des objectifs fixés dans le domaine. La réserve des banques à ce sujet s’explique en partie par la distribution complexe et coûteuse de ces Éco-PTZ, exigeant des conseillers bancaires des compétences techniques qu’ils ne possèdent pas. De plus, les banques ont peu intérêt à proposer des crédits pour la rénovation énergétique. Les éco-prêts à taux zéro, par exemple, sont moins attractifs dans le contexte actuel de taux bas, alors que les prêts à la rénovation tombent dans un entre-deux, l’activité des banques étant traditionnellement structurée entre prêt à la consommation et prêt immobilier. Toutefois, l’émergence d’acteurs spécialisés issus du secteur bancaire ou de la rénovation énergétique, comme Domofinance et Île-de-France Énergies, accrédités pour la distribution d’Éco-PTZ, laisse entrevoir une alternative à la torpeur des banques traditionnelles.

Les acteurs publics, de l’immobilier et de l’information

Partagée par plusieurs ministères, la prise de décision en matière de rénovation énergétique est parfois ralentie par des objectifs divergents, le travail des administrations étant également miné par l’accès direct des lobbies aux ministres. Le poids important du ministère des Finances se fait par ailleurs sentir, tirant le budget consacré aux aides publiques pour la rénovation énergétique à la baisse. Le manque de coordination entre les différentes actions de l’Anah et l’Ademe empêche l’optimisation des démarches de rénovations énergétiques, créant deux canaux d’intervention distincts celui : des EIE, Alec, PTRE du côté de l’Ademe, et celui des opérateurs de l’habitat (Soliha, Urbanis, etc.) du côté de l’Anah. Conscientes de cette division, les deux agences publiques rouvrent le dialogue, alors que l’arrivée de la subvention “Ma prime Renov’” et du programme SARE rendent la coopération nécessaire. Les collectivités locales ont hérité d’un nouveau rôle, celui de coordinateur du service de performance énergétique de l’habitat, et se le sont approprié avec plus ou moins de facilité et d’entrain. La région Normandie a par exemple rapidement mis le pied à l’étrier quand d’autres régions n’assurent qu’un service minimum ou refusent de prendre part à la rénovation énergétique, en partie à cause de tensions financières.

Auparavant relativement discrets sur les opérations de rénovation énergétique, les syndics de copropriétés ont peu à peu été contraints de s’engager, faisant ainsi émerger de nouvelles compétences, leur permettant de lutter contre les syndics en ligne. A l’origine d’une part importante des transactions immobilières et intervenant en amont du processus, les acteurs immobiliers ont, eux, un potentiel important quant à la prescription de rénovation énergétique. Toutefois, ils restent peu à l’aise sur ce terrain favorisant les compétences techniques aux commerciales. Enfin, les notaires, indispensables à l’authentification des transactions immobilières, souffrent des mêmes difficultés que les agents immobiliers, optant pour une approche juridique des biens plutôt que technique. La place de la rénovation énergétique dans leur activité, résiderait davantage dans leur mission de service public ou dans leur rôle de conseiller patrimonial.

Pour finir, l’information du grand public quant aux problématiques de rénovation énergétique est assurée par 400 structures associatives. Qu’elles fassent partie du Cler, du réseau Flame ou qu’elles soient des Alec, elles assurent une grande diversité d’information. Revers de la médaille, ces sources multiples embrument l’esprit des particuliers comme des professionnels. Le réseau Faire a été créé en 2019 par l’ADEME, et regroupe ces associations, avec un objectif de simplification. Il pâtit cependant d’une faible notoriété.